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Saint-Chamond, la ville que les Mitte ont bâtie...

Photo du rédacteur: ericmoulinzinutti
ericmoulinzinutti
il y a 46 minutes
5 min de lecture

Petite promenade dans quatre siècles de pierres et de mémoire

On passe devant elles tous les jours sans forcément les regarder. L’église au clocher de cuivre, la belle maison Renaissance au bord du Janon, les vieilles pierres accrochées à la colline, l’Hôtel-Dieu, la mairie… Et pourtant, chacun de ces monuments raconte la même histoire : celle d’une famille qui, en un peu plus d’un siècle, a transformé un gros bourg en une véritable cité. Cette famille, ce sont les Mitte de Chevrières, seigneurs de Saint-Chamond. Suivez le guide.

L’église Saint-Pierre, née d’une promesse

Tout commence par une promesse tenue. En 1536, le seigneur Christophe de Saint-Chamond fait détruire la vieille église, trop proche du château qu’il veut agrandir et fortifier. Mais il jure de la reconstruire, et met de l’argent de côté dans son testament pour cela.

C’est son petit-fils, le marquis Melchior Mitte de Chevrières, qui réalisera le vœu. La nouvelle église Saint-Pierre est consacrée le 3 mai 1609. Sur la façade, on peut encore lire son blason et l’inscription qui célèbre sa générosité. Le style ? Une élégante Renaissance italienne : lignes équilibrées, façade symétrique, colonnes ioniques et fronton brisé, comme un morceau d’Italie posé dans la vallée du Gier.

À l’intérieur, levez les yeux : le plafond à caissons est un petit chef-d’œuvre. Sous vos pieds, le sol est pavé d’anciennes pierres tombales aux gravures superbes. Astuce des bâtisseurs : le sol est légèrement incliné (35 cm de dénivelé du fond au chœur) pour que même les fidèles du fond voient bien l’autel. La nef fait 31 mètres de long et pouvait accueillir un millier de personnes. Le clocher, coiffé de ses fameuses plaques de cuivre, a été commencé en 1617 et achevé en 1645.

L’extérieur est inscrit aux Monuments historiques depuis 1979, et tout le décor intérieur est classé depuis 1983.

La Maison des Chanoines, la survivante

Au pied de la vieille ville, au bord du Janon, cette élégante demeure est l’une des plus anciennes de Saint-Chamond. Bâtie sans doute au XVᵉ siècle, elle est remaniée au XVIᵉ « à l’italienne », avec sa jolie loggia caractéristique.

Son nom vient d’une histoire d’argent. En 1667, le seigneur Jean-Armand Mitte doit vendre la maison pour éponger les dettes laissées par son père, Melchior. L’acheteur, le chanoine Claude Perceval, la lègue en 1691 aux chanoines de la collégiale voisine : voilà pourquoi on l’appelle depuis la « Maison des Chanoines ».

La suite est un vrai roman. Vendue comme bien national à la Révolution, rachetée par un teinturier en soie, puis avalée par les usines métallurgiques Chavanne-Brun au XXᵉ siècle, elle a bien failli disparaître, coincée entre les halles industrielles. Déclarée en péril en 1962, elle est sauvée in extremis : cédée à la ville pour un franc symbolique, restaurée, puis classée Monument historique. Aujourd’hui, elle abrite un restaurant — la vie a repris dans ses vieux murs.

Le château et la collégiale, les grands disparus

C’est le monument fantôme de Saint-Chamond. Là-haut, sur la colline, se dressait autrefois le château des seigneurs. Melchior Mitte, encore lui, l’embellit et fait construire à son pied une collégiale : un vaste ensemble mêlant le pouvoir et la religion, pensé pour impressionner.

De ce décor grandiose, il ne reste presque rien. Comme le château de Richelieu, celui de Saint-Chamond a été démantelé. Mais si vous cherchez bien, les indices sont là : sous les anciennes murailles subsistent le clocher et une abside de la collégiale — les bâtisseurs les avaient volontairement placés bas, pour ne pas cacher le château. Et rue du Château, une vieille porte veille encore, discrète, comme un dernier gardien.

Autre survivance impressionnante : les anciennes écuries seigneuriales de 1640, qui dominent toujours la ville et abritent aujourd’hui le lycée La Grand’Grange. Quand on parle de la puissance des Mitte, il suffit de lever les yeux vers elles.

L’Hôtel-Dieu, quatre siècles à soigner

Un premier Hôtel-Dieu est attesté à Saint-Chamond dès le XIIᵉ siècle, près de l’actuelle place Dorian. Mais l’histoire du bâtiment que l’on connaît est plus mouvementée. En 1659, l’hospice déménage dans d’anciens fours banaux cédés par les Mitte de Chevrières — des locaux mal adaptés qui se dégradent vite.

Il faut attendre 1672 pour qu’il s’installe à son emplacement actuel, dans une maison avec jardin. Une chapelle y est bâtie en 1674, suivie de nombreux agrandissements. Au fil des siècles, l’Hôtel-Dieu devient un vrai hôpital : à partir de 1863, il accueille même les femmes qui viennent y accoucher.

Il remplira sa mission de soin jusqu’en 1940, date à laquelle Saint-Chamond se dote d’un hôpital moderne. Ses façades, galeries et toitures sont inscrites aux Monuments historiques depuis 1975. Un lieu qui a vu passer, littéralement, des générations de Couramiauds.

La mairie, un couvent devenu maison commune

Et si l’hôtel de ville où l’on se marie était, à l’origine, un couvent ? À Saint-Chamond, c’est le cas. Le bâtiment fut fondé en 1622 par Gabrielle de Gadagne, épouse de Jacques Mitte de Chevrières et issue d’une grande famille florentine exilée en France. Veuve et sans enfant, elle établit là un couvent des Minimes pour se consacrer à la prière. La première pierre est posée en avril 1622, et l’édifice, en belle pierre de taille, est achevé dès 1624.

La Révolution bouleverse tout : le couvent est confisqué, vendu comme bien national, saccagé en 1792 — sa bibliothèque de plus de 400 volumes est dispersée. Le bâtiment devient alors le siège des administrations, la mairie, la gendarmerie, la justice. S’ensuit un incroyable jeu de chaises musicales : les Frères des Écoles chrétiennes, puis les Maristes, puis des écoles laïques… La mairie, elle, revient définitivement dans les murs en 1879.

De cette longue histoire, il reste un joyau : la chapelle du couvent, inscrite aux Monuments historiques dès 1965. Et le magnifique cloître, entièrement réhabilité en 2007, est devenu la cour d’honneur de l’hôtel de ville. Prière et République sous le même toit : c’est tout Saint-Chamond.

Une ville-décor au service d’une dynastie

Mis bout à bout, ces monuments dessinent bien plus qu’un joli patrimoine : ils racontent un projet. En un siècle, les Mitte de Chevrières ont voulu faire de Saint-Chamond la vitrine de leur puissance — une église pour la foi, une collégiale et un château pour le prestige, un couvent pour le salut de l’âme, un hôpital pour le bien commun. Un véritable « décor de pouvoir », où chaque pierre affichait le nom de la famille.

Le château a disparu, les usines ont failli tout emporter, la Révolution a rebattu les cartes. Et pourtant, l’essentiel tient toujours debout. La prochaine fois que vous traverserez le centre-ville, regardez mieux : sous les façades familières, quatre siècles d’histoire vous font signe.

Sources : Ville de Saint-Chamond (service patrimoine), base Mérimée du ministère de la Culture, Loire Tourisme, travaux des Amis du Vieux Saint-Chamond.

 
 
 

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